Radiographie du selfie

samedi 17 octobre 2026

Le selfie est l’emblème et l’opérateur d’une double dévalorisation qu’il s’efforce vainement de conjurer par la visibilité virale que lui offrent les réseaux sociaux. Dévalorisation d’abord du soi du sujet réaliste, ce soi auquel renvoie le self de la langue anglaise, mais privé ici de tout préfixe permettant de l’assigner à une possible identité. Dévalorisation parce qu’il se veut un autoportrait mais ne parvient jamais à s’assumer tel puisqu’il lui faut un cadre qui à la fois le justifie et lui donne sa valeur par le fait d’être reconnu comme spécial ou exceptionnel par le plus grand nombre. Autoportrait honteux donc, parce qu’il ne parvient pas à trouver en lui-même sa propre valeur et la cherche dans sa circonstance et dans la valeur sensée s’y rapporter. Mais dévalorisation parallèle de ce qui fait cette circonstance spéciale ou exceptionnelle, puisqu’elle est alors réduite au statut de simple prétexte, de pur faire-valoir, et donc implicitement privée de ce qui est supposé en faire la qualité. Au final donc toute forme de valeur propre disparaît des éléments constitutifs du selfie. Ne reste que sa valeur de communication, qui ne peut plus se rapporter à aucun de ses contenus, tant subjectifs que circonstanciés, et ne repose plus que sur sa seule visibilité élargie et la pure quantité de réactions positives qu’elle suscite temporairement sur les réseaux sociaux où il se diffuse. Valeur purement passagère, parce qu’elle est dans l’obligation de se plier a priori à leurs règles fonctionnelles. Règles qui imposent l’équivalence généralisée de ce qui y transite par rotation accélérée, afin de maintenir et d’étendre leur audience par sa supposée nouveauté et assurer ainsi leurs revenus via les annonceurs. Ce qui conduit inévitablement à l’obsolescence accélérée de tout selfie et à sa répétition accélérée par perte définitive de valeur.

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Par BLOOM

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