Des histoires et un monde

lundi 14 juin 2021 , par Christophe Gicquel

Aux (excellentes !) Éditions José Corti, un auteur à l’honneur plutôt qu’un livre : il s’agit de Bruno Remaury. Écrivain français contemporain, il nous offre, dans Le monde horizontal et Rien pour demain, deux fables stimulantes mêlant fiction et faits réels, lesquelles tissent en fragments l’évolution de notre rapport au monde ou la manière dont nous pensons les choses. Si leur construction en fragments de vies minuscules pourrait rappeler Pierre Michon, l’interrogation que les livres de Bruno Remaury soulèvent sur ce qui nous constitue, sur ce que le passé révèle de notre présent, les font davantage se rapprocher de Pascal Quignard.

Publié en 2019, Le monde horizontal est un chant pictural qui veut raconter l’espace du monde à hauteur de personnages. Voilà pourquoi les fragments nouent, en moins de 200 pages, le maillage d’hommes et de femmes qui se mettent debout et regardent vers le ciel avec de plus en plus de circonspection. Le livre nous raconte les grottes préhistoriques, la littérature du XXe, les tableaux de maître, et des vies qui s’endurent dans le quotidien, des vies juxtaposées porteuses d’universalité, des vies qu’il nous expose à la manière des photos d’August Sander – l’odeur et le bruit en supplément – et qui forment le paysage d’une certaine co-destinée appelée humanité. Et puis, Le monde horizontal parle des européens, des états-uniens, de leurs ambitions et de leur foi, les réponses qu’ils partagent, comme les peurs. Bruno Remaury y use d’un style fluide et rapide. Il nous enchante et livre des portraits saisissants d’incarnation qu’il ne tient qu’à nous de laisser nous raconter.


« C’est peut-être cela le monde horizontal, un monde dans lequel la vision mythologique de l’espace a remplacé une vision mystique du temps. Un monde qui pense son accomplissement non plus dans un futur situé devant lui mais dans un présent permanent situé autour de lui, latéralement en quelque sorte. » 
- Le monde horizontal, Éditions José Corti (2019), page 152.

Après l’espace, voilà traité le temps. Paru en 2020, Rien pour demain conte l’évolution de notre rapport à ce dernier, rapport passant d’une appréhension cyclique à linéaire, c’est-à-dire pointée dans une seule direction : la modernité. À cet effet, sont convoqués pêle-mêle : Valery, Eddington, Louis Renaud, John Ford, Baudelaire… Mais il y est encore une fois question de vies ordinaires, illustrations de ce changement de perception des choses qui nous entourent – et qui fait la trame du livre -, de la manière dont les liens logiques s’épuisent sur notre vision linéaire du temps, sur la « succession continuelle, [le] cours du monde ». Dans un style toujours aussi enlevé et captivant, Bruno Remaury nous offre un court texte (un peu moins de 180 pages) dans lequel une fois encore le lecteur est accueilli avec toutes son imagination. Fort réjouissant !


« Peter Pan est le visage même de la modernité. Comme elle, il refuse le temps qui passe, comme elle, il ne veut pas vieillir, comme elle, il est amnésique, comme elle, il vit tout entier ramassé dans un point unique, celui d’un éternel présent. » 
- Rien pour demain, Éditions José Corti (2020), page 150.

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