Du vacarme de la vitesse

samedi 6 juillet 2024

Notre appétit sans cesse grandissant pour la vitesse, dont l’obsession du temps réel est la figure la plus marquante, n’est à tout prendre qu’une fuite réitérée devant l’écoulement du temps chronologique, et donc in fine devant la mort. La vitesse toujours plus grande que nous imprimons à tous nos actes nous étourdit face à leur inexorable fuite, effaçant dans sa répétition toujours plus précipitée la perception de leur survenue individuelle au profit d’une stase hallucinée qui nous donne l’illusion de l’immortalité. Ce qui réclame toujours plus de technique pour la soutenir, et qui a deux conséquences. D’abord qu’au moment où cette technique vient à faire défaut, toute la chronologie jusque là déniée se précipite d’un bloc sur nous et avec elle l’effroi soudain de la mort qu’on avait cru conjurer. Ensuite que cette même technique, pour se soutenir, requiert des moyens matériels de plus en plus conséquents, qui accroissent, au sens propre autant que figuré, le bruit du monde. La vitesse remplit le monde d’un bruit toujours plus assourdissant pour tenter de nous convaincre que l’Histoire, tout autant que les histoires, s’y sont tues.

— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

La bonne raison
(4 mars 2026)

Beaucoup se désolent de ce que l’homme soit mauvais. Comme si se désoler d’une évidence pouvait y changer quoi que ce soit. Par contre on peut tout à fait se désoler de ce qu’il ne le soit (…)

Tout-à-fait inutile
(28 février 2026)

Penser n’a pas à être justifié de quelque manière que ce soit. Et surtout pas par l’utilité que ça pourrait avoir pour qui que ce soit, y compris pour qui pense. — Par BLOOM

Le sens du combat
(25 février 2026)

On ne combat jamais que des nécessités arbitraires et circonstanciées, pour les remplacer par d’autres de même facture mais qui nous semblent nous convenir mieux. — - Par BLOOM

De la nouvelle sorte de désert
(21 février 2026)

Avant on parlait dans le désert lorsque son discours se perdait dans le vide environnant des auditeurs potentiels. Aujourd’hui on parle dans le bruit toujours plus envahissant produit par leurs (…)