(In)Sécurité

vendredi 21 mai 2021

Les mots qu’on met sur les choses sont presque toujours profondément révélateurs de la façon dont on les conçoit. Il est par exemple significatif que nous parlions désormais de moins en moins de sécurité et de plus en plus d’insécurité. Comme si d’emblée nous nous retrouvions systématiquement à faire face à un défaut de sécurité auquel il faudrait sans cesse remédier. Alors que notre époque est de loin la plus matériellement sûre, pour nous occidentaux tardifs, de toute notre histoire. Ce qui renvoie à une conception étrangement appauvrie de l’existence parce qu’idéalement exempte de tout risque, la cantonnant au bout du compte à un fonctionnalisme généralisé qui nie la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus singulier, de plus intéressant et la livre à une surveillance globale qui en ôte toute privauté au prétexte de la protéger de potentielles atteintes, externes autant qu’internes. Une forme de haine sourde et rampante de la vie réelle avec ce qu’elle comporte d’inévitables risques, qui se marque aussi bien dans notre volonté d’exclure de plus en plus systématiquement de la réalité quotidienne les signes de la mort – en attendant de pouvoir l’en exclure tout à fait – et dans notre soumission addictive aux dispositifs numériques qui fonctionnalisent nos existences en les rendant intégralement transparentes. On fait souvent grief aux politiques – surtout pour ceux situés à droite de l’échiquier politique, mais malheureusement aussi pour une partie de plus en plus importante des autres – de cette mise en avant de l’insécurité comme thème dominant de leurs discours qui monopoliserait de ce fait la scène politique. Mais ils ne sont en l’occurrence que la chambre de résonance de la perception frileuse que nous avons globalement du monde, qui amplifie et grossit cette frilosité parce qu’ils y trouvent un des derniers moyens dont ils disposent effectivement de justifier leur position et de se faire élire ou réélire. Ce qui constitue, au-delà de la mise en scène qu’ils continuent à donner d’un exercice global des pouvoirs qui leur échappe de plus en plus, une part de leur contribution à la fonctionnalisation du monde dont nous rêvons tous plus ou moins et plus ou moins explicitement pour pouvoir nous adonner en toute inconséquence et bonne conscience à la poursuite infantile de notre seul confort.

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Par BLOOM

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