Empathie

mercredi 28 juin 2023

Il n’y a encore pas si longtemps la commune moralité ne disposait guère que de la charité comme moyen donné à chacun de se refaire une bonne conscience. Son inconvénient consistait néanmoins en ce qu’étant d’ordre majoritairement financier, même si elle était supposée avoir des effets spirituels, elle nécessitait de disposer de moyens financiers suffisants pour l’exercer, ce qui la rendait inégalitaire, seuls les plus aisés étant en mesure de la pratiquer. L’empathie est donc venue la compléter, et dans nombre de cas la remplacer, comme un moyen moral beaucoup plus démocratique de remettre à neuf une conscience plus ou moins abîmée par les nécessités du monde – auxquelles par ailleurs il est néanmoins conseillé de se plier pour s’y assurer la meilleure place possible. Et de fait l’empathie ne coûte rien, et se trouve donc être parfaitement égalitaire, puisqu’elle consiste à se mettre à la place d’autrui afin d’éprouver ce qu’il éprouve, et d’y compatir au sens littéral du terme. A ceci près, qui n’est pas négligeable, qu’elle suppose une possible identité de sensation et de perception entre individus, qui évacue à bon compte les différences singulières que nous manifestons tous de ce point de vue. Différences qui rendent impossible un quelconque partage effectif de ce que chacun éprouve en chaque circonstance avec qui que ce soit. D’autant que nous avons déjà énormément de difficultés à l’expliciter, sinon très grossièrement, pour nous-même. L’empathie n’est à tout prendre qu’une illusion permettant de se refaire à bon compte, puisque gratuitement, une bonne conscience reconnue par la commune moralité, en projetant sur autrui ses propres a priori perceptifs et en considérant, à tort, qu’il s’y plie. Ce qui présente en plus l’avantage pour chacun de pouvoir les croire généraux et donc fondés. Tout cela expliquant in fine la reconnaissance globale dont elle bénéficie désormais alors même qu’elle n’est qu’une opération d’auto-valorisation de qui la pratique, lui permettant d’éviter d’apporter une aide matérielle, beaucoup plus contraignante à mettre en œuvre et beaucoup moins assurée quant à ses effets potentiels, à qui en aurait éventuellement besoin et serait prêt à l’accepter.
— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs
(25 avril 2026)

On dit avec raison que la peur est mauvaise conseillère. Parce que c’est un sentiment désagréable, inconfortable, dont on cherche à se débarrasser au plus vite, et par conséquent par des moyens le (…)

Le bâton sans la carotte
(22 avril 2026)

Le remords est le bâton qu’on se donne à soi-même lorsqu’on a suffisamment intégré les règles qu’impose la morale commune, et qu’on se sent obligé de suivre. C’est la voix du maître qui parle en (…)

Encore un espoir déçu !
(18 avril 2026)

On pourrait être tenté de voir une profonde sagesse dans le fait que l’espèce humaine mette en place systématiquement les conditions de sa disparition, et ce en dépit des nombreuses alertes (…)

Examen préalable de moralité
(15 avril 2026)

Au sujet de toute quantification d’ordre moral il faut se demander qui l’établit, sur quels critères, afin de savoir exactement à quoi elle sert dans l’organisation globale de l’exercice des (…)