Le passé, un état du présent.

vendredi 8 septembre 2023

Le présent n’est qu’un passé supplémentaire ; car sitôt advient-il qu’il n’est plus ; il pénètre notre souvenir, s’inscrit dans le langage discontinu de notre mémoire. Notre conscience, cet état obscur que nous nommons la vie, n’oscille ainsi qu’entre la réalité confuse et l’imaginaire (dés)espéré de notre champ linguistique - tantôt amoureux, tantôt blessé, faussement (in)soumis ou complètement erroné.
Et nos relations aux autres vont de même - peut-être même notre identité - faites pour ainsi dire que de matière à mémoire et de mots agencés en langue.
Qu’est-il davantage de ce qui est, ou du souvenir que nous en avons tissé de nos phrases - et que nous entretenons parfois journellement ?

Cependant, le passé est à rapporter à la part du révolu que l’on fait exister, dont on voit les traces, dans l’instantané de notre conscience. Dès lors, seul le souvenir émane véritablement du présent, (il en est même l’élément constitutif) : la mémoire ne connaît pas le passé. En effet, nous ne pouvons rappeler un souvenir qu’au lieu même de l’instant (ni avant ni après), et c’est là, dans le moment présent, que nous concevons nos réminiscences pour construire les prochaines. Par ailleurs, lorsque nous le convoquons, le souvenir de la dernière minute est tout aussi prégnant à notre corps que celui de l’année dernière, ou d’il y a 10 ans. Quant au souvenir d’un souvenir il demeure un simple souvenir, ces derniers ne s’additionnant pas mais se confondant dans une unité langagière sans frontières.

Étrange paradoxe tout de même que de nommer présent quelque chose qui n’existe que dans le temps révolu de notre langue faite souvenir, et passé cet état dont nous prenons connaissance, que nous n’appréhendons qu’imparfait et composé, uniquement dans l’instant présent.

— 
Par Marx Teirriet

Les brèves dans Tribune

Mauvaise réputation
(25 juillet 2026)

En dépit des condamnations dont elle est régulièrement l’objet, la démagogie reste une arme politique redoutablement efficace. Parce que le plus grand nombre préfère croire ce qu’il veut entendre (…)

Un remède plus dangereux que le mal
(22 juillet 2026)

Le nihilisme n’est qu’un besoin de croire qui entend tout détruire par dépit de ne plus pouvoir croire à rien. Y pointe la rancœur qui veut annuler absolument ce qu’elle a adoré pour la seule (…)

Le cadavre dans le placard
(18 juillet 2026)

Nous étions persuadés d’avoir tué dieu tant que nous avons pu croire que notre science nous donnerait les moyens de maîtriser intégralement le monde. Mais celle-ci, en dépit de la quantité (…)

Double détente
(15 juillet 2026)

On ne piétine jamais avec autant de hargne et de violence que les idoles qui nous ont déçu. D’abord parce qu’elle n’ont pas répondu à notre attente. Ensuite parce qu’elles font douter de toute (…)