Pauvre langage, triste pensée

vendredi 15 décembre 2023

À force d’être submergée par la parole, celle notamment des réseaux sociaux et autres supplétifs, voire la nôtre - lorsque l’on joint notre bavardage inculte au chant des sirènes du délire d’opinions en continu, non étayées ni vérifiées -, notre pensée s’éteint, emmurée dans une aphasie sceptique automatique nous donnant l’illusion de la révolte intellectuelle ; au milieu des brouhahas communautaristes, constitués principalement de réductions essentialistes lorsque ce n’est pas de systèmes victimistes ou manipulatoires moralisateurs,
le temps nous manque alors,
le silence aussi.

Notre esprit cède ainsi ses forces au principe de contradiction (jusqu’à se contredire lui-même, ou encore, pour les plus malhonnêtes, soutenir effrontément nier avoir dit), aux sophismes et autres liens de causalités à l’emporte pièce.
Il fainéantise dans la simplification, en rechignant à la complexité, au pas de côté, confondant souvent ce qu’il espère (plus ou moins consciemment) et ce qu’il voit (avec plus ou moins de clairvoyance), poussé dans la pente par les marchands de doute pyrrhoniens (lesquels n’hésitent jamais à remettre en cause la possibilité de la connaissance comme sa désidérabilité, que ce soit au nom de l’esthétique ou de l’offense) ; puis finit par tourner le dos, cet esprit malade de lui-même, aux sources d’informations qui réclament de notre part un effort, dont le goût a été gommé par les outils médiatiques modernes, jusqu’à l’effacement.

Pour savoir si l’on en est là, écoutons davantage que l’écho de notre voix !
S’agit-il de courtes monosyllabes syntaxiques à l’accord d’une quelconque meute ?

Les brèves dans Tribune

La bonne raison
(4 mars 2026)

Beaucoup se désolent de ce que l’homme soit mauvais. Comme si se désoler d’une évidence pouvait y changer quoi que ce soit. Par contre on peut tout à fait se désoler de ce qu’il ne le soit (…)

Tout-à-fait inutile
(28 février 2026)

Penser n’a pas à être justifié de quelque manière que ce soit. Et surtout pas par l’utilité que ça pourrait avoir pour qui que ce soit, y compris pour qui pense. — Par BLOOM

Le sens du combat
(25 février 2026)

On ne combat jamais que des nécessités arbitraires et circonstanciées, pour les remplacer par d’autres de même facture mais qui nous semblent nous convenir mieux. — - Par BLOOM

De la nouvelle sorte de désert
(21 février 2026)

Avant on parlait dans le désert lorsque son discours se perdait dans le vide environnant des auditeurs potentiels. Aujourd’hui on parle dans le bruit toujours plus envahissant produit par leurs (…)