Pauvre langage, triste pensée

vendredi 15 décembre 2023

À force d’être submergée par la parole, celle notamment des réseaux sociaux et autres supplétifs, voire la nôtre - lorsque l’on joint notre bavardage inculte au chant des sirènes du délire d’opinions en continu, non étayées ni vérifiées -, notre pensée s’éteint, emmurée dans une aphasie sceptique automatique nous donnant l’illusion de la révolte intellectuelle ; au milieu des brouhahas communautaristes, constitués principalement de réductions essentialistes lorsque ce n’est pas de systèmes victimistes ou manipulatoires moralisateurs,
le temps nous manque alors,
le silence aussi.

Notre esprit cède ainsi ses forces au principe de contradiction (jusqu’à se contredire lui-même, ou encore, pour les plus malhonnêtes, soutenir effrontément nier avoir dit), aux sophismes et autres liens de causalités à l’emporte pièce.
Il fainéantise dans la simplification, en rechignant à la complexité, au pas de côté, confondant souvent ce qu’il espère (plus ou moins consciemment) et ce qu’il voit (avec plus ou moins de clairvoyance), poussé dans la pente par les marchands de doute pyrrhoniens (lesquels n’hésitent jamais à remettre en cause la possibilité de la connaissance comme sa désidérabilité, que ce soit au nom de l’esthétique ou de l’offense) ; puis finit par tourner le dos, cet esprit malade de lui-même, aux sources d’informations qui réclament de notre part un effort, dont le goût a été gommé par les outils médiatiques modernes, jusqu’à l’effacement.

Pour savoir si l’on en est là, écoutons davantage que l’écho de notre voix !
S’agit-il de courtes monosyllabes syntaxiques à l’accord d’une quelconque meute ?

Les brèves dans Tribune

Le ventre de la bête
(27 juin 2026)

Rien n’autorise plus largement les excès de l’exercice global des pouvoirs que le ressentiment qu’il provoque et entretient auprès du plus grand nombre à l’encontre de certains individus ou (…)

Cousinage
(24 juin 2026)

L’indignation bruyante, publique, outrancièrement moralisatrice, n’est que le moyen de masquer l’indignité qui, pour conserver son confort, se refuse à agir directement contre ce qu’elle dénonce. (…)

Extinction des feux
(20 juin 2026)

Toute bougie qui est sur sa fin, qui va s’éteindre, charbonne inévitablement, voit sa mèche s’engluer dans sa cire. Il est plus digne et plus opportun de la moucher avant. — Par BLOOM

Gain de temps
(17 juin 2026)

Il vaut encore mieux être ignoré que compris. On s’épargne ainsi le temps perdu à corriger les malentendus. — Par BLOOM