Contre l’égalité !

mardi 27 avril 2021

Je suis contre l’égalité quand celle-ci n’est plus qu’un mot, qu’une arme politique de répression et de conformation, une revendication au pire ; je suis contre l’égalité quand elle fait trébucher la liberté, laquelle (soudainement immobile) est prise à la gorge sous le poids de cette moralité recyclée ; je suis contre l’égalité lorsqu’elle a vocation à déposer sur la fraternité un voile opaque et hermétique.
Puis, que ni l’une ni l’autre, de la fraternité ou de la liberté, ne puisse plus respirer.

Contre l’égalité qui conduit la femme à être aussi crétine que l’homme, contre l’égalité qui fait de la victime un bourreau, contre l’égalité qui décolonise l’intelligence et l’innovation au profit d’un sens commun ignare, contre l’égalité qui mène en troupeau les singularités et les convertit en moutons, contre l’égalité qui déresponsabilise les individus, qui les culpabilise, contre l’égalité qui promeut des revendications identitaires et communautaires, contre l’égalité qui n’est qu’une façade d’indignations, contre l’égalité qui érige du désir et de l’opinion en droits et métamorphose - par on ne sait quel sortilège - lesdits droits en injonctions, contre l’égalité qui aveugle les plus sages intentions, contre l’égalité qui affame les rêves et les projets crédules de la jeunesse, contre l’égalité qui manipule le passé et remodèle notre collective mémoire future, contre l’égalité qui assèche le cœur de l’humanité et laisse derrière elle un chemin identique au lit d’une rivière tarie, contre l’égalité qui juge, qui tranche, et retranche, qui assène, qui mobilise et fédère uniquement autour d’une émotion, qui positive jusqu’à la discrimination, qui catégorise, qui marchandise et négocie, qui compte, qui pèse, qui compare… et veut faire de sa vérité la seule réalité.
Bref, je suis contre l’égalité, comme je m’oppose à tout dogme, à tout instrument d’asservissement, d’avilissement, de propagande.

Pour autant, elle demeure mon irrépressible passion.

— 
Par Marx Teirriet

Les brèves dans Tribune

Le "bon" ton
(28 octobre 2026)

La pratique du monde nous apprend, à notre grand dépit, que rien n’y est jamais ni tout blanc ni tout noir et qu’on y trouve généralement une très large palette de gris. Il reste alors à savoir (…)

Il y en aura pour tout le monde
(24 octobre 2026)

Les arrière-mondes croissent et s’étendent à proportion du ressentiment que nous accumulons contre le monde, comme une forme de vengeance mesquine à son encontre. Autant dire que notre époque leur (…)

Une simple histoire d’effets
(21 octobre 2026)

Le fait pour une opinion de produire des effets ne prouve rien quant à sa prétendue vérité, mais seulement sa capacité à produire des effets. Tout au plus peut-on y voir une indication de son (…)

Radiographie du selfie
(17 octobre 2026)

Le selfie est l’emblème et l’opérateur d’une double dévalorisation qu’il s’efforce vainement de conjurer par la visibilité virale que lui offrent les réseaux sociaux. Dévalorisation d’abord du soi (…)