L’art de la fuite

samedi 16 juillet 2022

Ce n’est pas en s’excluant explicitement du groupe, qu’on en décide ou qu’on le subisse, que pour autant on le quitte réellement, parce que l’exclusion fait toujours référence à ce dont elle exclut, serait-ce par un pure négation qui n’est jamais que l’image en creux de cette référence. On y reste ainsi encore attaché alors qu’on croit en être délié. L’exclusion reste toujours régulière. On ne parvient à faire réellement écart au groupe qu’en le fuyant, c’est-à-dire non pas en s’y opposant mais en s’en déprenant. Et encore faut-il que cette déprise passe inaperçue pour que le groupe n’y décèle pas une opposition, serait-elle purement passive, et la transforme en exclusion, de loin plus propice à sa cohérence et à sa reproduction. Il faut donc toujours doubler la fuite, quand on s’y jette, de mensonges et de tromperies propres à la masquer. Et ne jamais en arrêter la précipitation pour que les camouflages dont elle use ne soient pas éventés et conservent ainsi leur efficacité. La fuite est de ce fait aussi inévitablement singulière.

— 
Par Bloom

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