L’art de la fuite

samedi 16 juillet 2022

Ce n’est pas en s’excluant explicitement du groupe, qu’on en décide ou qu’on le subisse, que pour autant on le quitte réellement, parce que l’exclusion fait toujours référence à ce dont elle exclut, serait-ce par un pure négation qui n’est jamais que l’image en creux de cette référence. On y reste ainsi encore attaché alors qu’on croit en être délié. L’exclusion reste toujours régulière. On ne parvient à faire réellement écart au groupe qu’en le fuyant, c’est-à-dire non pas en s’y opposant mais en s’en déprenant. Et encore faut-il que cette déprise passe inaperçue pour que le groupe n’y décèle pas une opposition, serait-elle purement passive, et la transforme en exclusion, de loin plus propice à sa cohérence et à sa reproduction. Il faut donc toujours doubler la fuite, quand on s’y jette, de mensonges et de tromperies propres à la masquer. Et ne jamais en arrêter la précipitation pour que les camouflages dont elle use ne soient pas éventés et conservent ainsi leur efficacité. La fuite est de ce fait aussi inévitablement singulière.

— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Principe de précaution
(19 septembre 2026)

On ne peut avoir d’indulgence pour autrui que si on a instauré avec lui une distance suffisante pour nous garantir de ne pas devoir en supporter les conséquences. — Par BLOOM

Trop tard !
(16 septembre 2026)

Une interprétation possible de la dépression post partum : que le corps se rende compte, de façon inconsciente, de l’erreur qu’il a commise en faisant croître l’espèce. — Par BLOOM

Peine-à-jouir
(12 septembre 2026)

La médiocrité dans le plaisir consiste à ne pas l’éprouver de ce dont on jouit, mais seulement du fait qu’autrui n’en jouit pas parce qu’on l’en a privé. — Par BLOOM

Faut-il réagir ?
(9 septembre 2026)

Au fond de toute réaction il y a du ressentiment : on en veut de sa simple existence à ce à quoi on réagit. On ne peut pas le surmonter par sa propre affirmation, alors on s’y oppose. — Par BLOOM