L’art de la fuite

samedi 16 juillet 2022

Ce n’est pas en s’excluant explicitement du groupe, qu’on en décide ou qu’on le subisse, que pour autant on le quitte réellement, parce que l’exclusion fait toujours référence à ce dont elle exclut, serait-ce par un pure négation qui n’est jamais que l’image en creux de cette référence. On y reste ainsi encore attaché alors qu’on croit en être délié. L’exclusion reste toujours régulière. On ne parvient à faire réellement écart au groupe qu’en le fuyant, c’est-à-dire non pas en s’y opposant mais en s’en déprenant. Et encore faut-il que cette déprise passe inaperçue pour que le groupe n’y décèle pas une opposition, serait-elle purement passive, et la transforme en exclusion, de loin plus propice à sa cohérence et à sa reproduction. Il faut donc toujours doubler la fuite, quand on s’y jette, de mensonges et de tromperies propres à la masquer. Et ne jamais en arrêter la précipitation pour que les camouflages dont elle use ne soient pas éventés et conservent ainsi leur efficacité. La fuite est de ce fait aussi inévitablement singulière.

— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Effet-miroir
(14 janvier 2026)

Le communautarisme consiste à se déclarer victime d’une exclusion du fait de certains caractères spécifiques et à profiter ensuite de ce statut pour exclure systématiquement tout ce qui s’écarte (…)

Bouche-trou
(10 janvier 2026)

Là où le signifiant prolifère, là où le discours enfle, c’est toujours pour masquer le défaut irrémédiable du signifié. A méditer au sujet de la logorrhée qui se répand de plus en plus au sujet de (…)

Jeu de construction
(7 janvier 2026)

Que le langage tout entier ne soit qu’un système fonctionnel de signifiants, dans lequel le signifié n’est qu’une construction secondaire imposée par la nécessité de produire des significations (…)

Grégarité
(3 janvier 2026)

La meilleure façon d’en user avec le troupeau ? Ni berger, ni chien de berger et le moins possible mouton. — Par BLOOM