Notre démesure

lundi 13 septembre 2021

Les Grecs anciens fustigeaient en leur temps la démesure qui entendait égaler leur dieux comme prétention injustifiable et infondée à une puissance qui surpassait radicalement celle de l’espèce humaine. Nous avons souvent tendance à considérer que d’une certaine façon, en imposant une maîtrise technologique au monde, nous avons accompli cette ambition sans avoir eu à supporter le courroux d’une quelconque divinité. Mais nous nous trompons parce que les moyens dont nous usons pour assurer cette maîtrise démesurée nous échappent de plus en plus largement – nous les maîtrisons de moins en moins individuellement. Parce qu’ils ne sont qu’un laisser-faire paresseux accordé à la technologie qui nous soumet de plus en plus à son fonctionnalisme. Là où il y avait une démesure de l’orgueil dans l’hybris grecque il n’y a que paresse et médiocrité dans la nôtre, qui se paie de notre désindividuation massive. Et qui se double d’une démesure dans la rage identitaire de nous faire reconnaître victimes à tout prix et au moindre désagrément. Là encore il ne s’agit pas d’une démesure de la puissance mais bien de l’impuissance et du ressentiment qui en découle, qui fait exemplairement écho aux progrès de notre massification fonctionnelle.

— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Figures imposées
(31 mars 2026)

On ne cède ni on ne renonce à l’exercice d’un pouvoir. Soit on le délègue parce qu’on a réussi à exercer un pouvoir plus étendu, qui l’englobe. Soit on le perd parce que quelqu’un l’a pris et nous (…)

Moutonnerie
(28 mars 2026)

La forme la plus basse de l’indignité est finalement de céder à la médiocrité au seul prétexte qu’elle est partagée par le plus grand nombre. Celle de l’instinct grégaire. — Par BLOOM

Sénilité
(25 mars 2026)

Faire tourner l’adversité à notre profit, comme moyen d’exercer notre puissance singulière, nous l’avons désappris, nous vieux européens. Parce que nous ne sommes même plus capables d’entendre (…)

Dernier amour
(21 mars 2026)

La passion identitaire est le refuge ultime du dernier homme, privé de toute capacité à se doter d’une individuation singulière. Passion triste par laquelle il espère masquer cette impuissance par (…)