Ravages

samedi 6 août 2022

Nous ne nous contentons pas de détruire matériellement le monde, nous le ravageons aussi intellectuellement. D’abord en simplifiant à l’extrême les définitions par lesquelles nous identifions ses éléments constitutifs afin de pouvoir les regrouper dans des catégories moins nombreuses mais de plus en plus indifférenciantes. Ensuite en appauvrissant et en édulcorant ces définitions pour les réduire à de simples jugements d’adhésion ou de rejet. Elles ne disent plus que le pour ou le contre, le bien ou le mal. Définitions de plus en plus morales, voire moralisatrices, de plus en plus émotionnelles, de plus en plus en plus binaires, qui facilitent d’autant la fonctionnalisation à marches forcées du monde en le vidant progressivement de toute nuance et de tout contenu encore un peu réel. C’est d’ailleurs par ce ravage intellectuel que tout commence puisque le monde se fait à l’image de ce que nous en disons.

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Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Pas de confusion !
(4 avril 2026)

Ce qui distingue radicalement le doute du soupçon est que le premier questionne la vérité, quelque figure qu’elle adopte, alors que le second questionne au nom de celle-ci. Le premier est (…)

Une vanité mal placée
(1er avril 2026)

L’homme, globalement, pense peu, et ça a toujours été le cas. Parce qu’il est globalement peu singulier et que penser est fondamentalement singulier. Et puis pour le plus grand nombre il s’agit (…)

Figures imposées
(31 mars 2026)

On ne cède ni on ne renonce à l’exercice d’un pouvoir. Soit on le délègue parce qu’on a réussi à exercer un pouvoir plus étendu, qui l’englobe. Soit on le perd parce que quelqu’un l’a pris et nous (…)

Moutonnerie
(28 mars 2026)

La forme la plus basse de l’indignité est finalement de céder à la médiocrité au seul prétexte qu’elle est partagée par le plus grand nombre. Celle de l’instinct grégaire. — Par BLOOM